Documentaire : Challenge réussi pour Francis Gazeau ! (Bleu lagon productions)Francis Gazeau était le plus heureux des hommes, samedi dernier, en retrouvant sa fille Hinerava, à l’aéroport de Tahiti-Faa’a. Et pour cause : il ne l’avait pas revue depuis un an ! Le greffé du coeur vient en effet de passer 365 jours seul, sur un motu isolé, sur l’immense barrière de corail de Tahanea

Situé à environ 2 h 30 de speed boat de Faaite, cet atoll entièrement inhabité des Tuamotu du Centre, aura donc servi de décor à l’exploit que vient de réaliser cet ancien pâtissier installé à Rangiroa depuis de longues années. C’est d’ailleurs sur cet atoll qu’il s’était préparé, depuis sa greffe, à séjourner un an à l’écart du monde, en réalisant des séjours d’isolement de deux à trois mois sur un motu. Mais cette fois-ci, c’est bel et bien une année complète qu’il vient de passer en Robinson, dans un bungalow en niau qu’il avait construit de ses propres mains, avec pour seule compagnie les crabes, les poissons et les oiseaux.

Robinson bien organisé

“Je n’ai manqué de rien ; j’avais tout ce qu’il faut avec moi”, affirme pourtant le solitaire sur le motu qu’avait mis gracieusement à sa disposition le mutoi de Faaite, Eugène Teiri. Effectivement, Francis Gazeau était bien préparé pour ce long séjour en dehors de la civilisation. Il avait notamment emporté dans ses bagages, non seulement des panneaux solaires prêtés par EDT (voir encadré), mais également un condensateur d’eau de mer fournit par Eau Pure, et proproduisant environ 2,5 l d’eau potable par jour. Des médicaments avaient également mis à sa disposition pour la durée de son séjour, avec l’accord de la CPS, tandis qu’un stock de nourriture avait pu être constitué grâce à la générosité du groupe Carrefour. Mais c’est surtout la volonté et la débrouillardise qui lui auront permis de tenir. Francis avait construit un fare avec des branches d’arbres nouées au moyen de lambeaux de chambres à air, et recouverte de palmes de cocotier tressées par ses soins. Il disposait d’outils tels que scie, marteau, couteaux, et surtout d’un matériel de pêche simple mais efficace.

Du poisson, du poisson et encore poisson

Ainsi, sa nourriture de base étaitelle constituée essentiellement de produits de la mer. “Au départ, j’ai eu du mal à me nourrir simplement par ma pêche car les poissons étaient assez peu nombreux autour du motu. Mais grâce à mon kayak, j’ai pu aller plus loin, et j’ai fini par trouver des zones très poissonneuses dans lesquelles il ne me fallait pas longtemps pour ramener de quoi me nourrir toute une journée”, explique-t-il. Il a dès lors était en mesure de s’occuper davantage de son habitation, en y installant une citerne permettant de récupérer l’eau de pluie grâce à une tôle et une bâche installée sur le toit. En bon épicurien, il s’est aménagé une sorte de cuisine avec réchaud à gaz, un barbecue de jardin dans une ancienne cantine “recyclée”. Le quotidien du solitaire s’est également amélioré lorsqu’en milieu de séjour, deux cardiologues venus de Papeete étaient venus lui rendre visite en compagnie d’une équipe de tournage de la société “Bleu lagon production”. Ils lui avaient en effet apporté, outre du courrier et des nouvelles de sa famille, un téléphone satellite, grâce auquel il a pu communiquer une à deux fois par semaine avec le reste du monde.

Journées bien remplies et sans ennui

“Finalement, j’étais toujours très occupé, entre la pêche, le fare, la lecture et la cuisine. J’ai pu manger des fruits, tels que les noix de coco, le fara (fruit mur du pandanus) ou encore une herbe proche du faux pourpier, sans oublier les fruits en boîte et les dons que m’ont fait quelques bateaux qui étaient de passage”, indique Francis. “J’ai également écrit quotidiennement une page de mon journal de bord, et j’envisage d’en faire un livre, si je trouve un éditeur.” Le greffé du coeur souhaite que son action puisse être aussi utile que possible, tant en matière de don d’organe que de promotion de la Polynésie. Les images de son séjour seront diffusées dans la presse écrite et audiovisuelle, en métropole, voire dans toute l’Europe, et au-delà. Sur le plan local, Francis Gazeau a également fait des dons aux habitants de Faaite, notamment des dizaines de livres qu’il avait emmenés, et qui pourraient servir à ouvrir une bibliothèque sur l’atoll.

Prochaines missions : Rangi puis Paris

L’émotion était forte, vendredi dernier, lorsqu’il a remis le pied sur le quai de Faaite. Le tavana de la commune de Anaa-Faaite, Gérard Teiri, est venu le couronner et le féliciter, un an après avoir quitté l’atoll, qui acquiert ainsi une notoriété plus glorieuse qu’auparavant. L’ex-solitaire a passé la nuit sur l’île, avant d’embarquer le lendemain matin, dans un speed boat en direction de l’atoll voisin de Fakarava, pour s’envoler en début d’aprèsmidi vers Tahiti. “Je vais tout d’abord retrouver ma famille. Puis j’aurai une visite avec les cardiologues Gérard Papouin et Philippe Lionet, et, en fin de semaine, je compte retourner chez moi, à Rangiroa, où je vis depuis 1982. Mais vers le mois de juin, j’envisage de me rendre à Paris car j’ai l’intention de me battre jusqu’à mon dernier jour en faveur de cette grande cause nationale qu’est le don d’organe.” Au programme de ce séjour en métropole, une visite à Nicolas Sarkozy pourrait être envisagée, le président de la République lui ayant déjà envoyé un courrier de félicitation.

Source : la dépêche de Tahiti