Fifo 2007Emmanuel Priou, producteur et co-fondateur « Bonne Pioche Productions » était le premier invité des tables rondes du FIFO 2007. Une trentaine de professionnels de l’audiovisuel et d’étudiants sont venus l’écouter et discuter avec lui du métier de producteur et des problématiques de la production locale et internationale.

Intervention d’Emmanuel PRIOU à l’occasion de la table ronde « la production audiovisuelle », FIFO 2007
A 40 ans, Emmanuel Priou est l’un des producteurs français de documentaires qui a le vent en poupe depuis le succès mondial de « La marche de l’empereur ». Créée en 1993, avec deux amis, Christophe Lioud et Yves Darondeau, Bonne Pioche Productions produit une grande variété de programmes pour la télévision et depuis peu pour le cinéma. Emmanuel Priou raconte son parcours, ses études à l’ESRA, ses premiers boulots en tant que preneur de son, monteur puis réalisateur, et finalement sa décision de se concentrer sur la production.

En marche vers le succès
Emmanuel Priou est un conteur né. D’entrée, il captive son public en lui contant l’histoire peu ordinaire (mais avec happy end) de la production de « La marche de l’empereur ».
« La façon dont a été produit ce documentaire est très atypique. Luc Jaquet est venu nous voir car il voulait travailler avec nous. Nous avons lu son script « La marche de l’empereur » et il nous a tout de suite emballé. La décision de produire ou non son film a dû être prise rapidement. Il avait une autorisation de tournage en Terre Adélie et un départ programmé dans seulement deux mois. Deux mois pour préparer le matériel et les hommes. Des hommes qui devaient s’engager à partir prêt de 9 neufs mois dans un milieu hostile sans possibilité de retour (en fait ils y resteront 1 an). Deux mois pour commencer à trouver des sous dans un univers qu’on connaît un peu, la télévision, le documentaire. On a trouvé de l’argent pour faire deux documentaires, ce qui nous a permis de déclencher le départ, acheter la pellicule (super 16mm), le matériel et de louer ce qu’il fallait.

Une fois l’équipe partie en tournage, on s’est mis effectivement à chercher le financement. Là, a commencé la galère. On a vite fait les comptes et on s’est aperçu qu’il faudrait beaucoup plus d’argent que prévu pour mener à son terme le projet. La seule issue était de proposer un troisième film, en fait le projet initial de Luc Jaquet, pour le cinéma. Quand il a fallu trouver des coproducteurs pour le cinéma, on leur disait : « c’est le tournage, c’est l’histoire des manchots, le scénario c’est les manchots ». Il est donc vrai que ça ne rassurait pas grand monde. Ils demandaient à voir des rushes. On leur disait qu’il leur fallait attendre un an. « Ce qui nous consolait était qu’étant là-bas, eux aussi coincés, ils étaient obligés de tourner. On avait au moins ça pour nous.

Le film, quoiqu’il arrive, était en train de se faire et d’avancer. Et puis nous, nous avons fait une petite marche de l’empereur ici, à Paris. On s’est rapproché pour se tenir chaud, on s’est serré les coudes et on a ramé jusqu’au jour où ils sont revenus. Là on avait vraiment plus un rond, on ne pouvait même pas développer les pellicules. Mais on a quand même monté un petit film de deux minutes et puis on est retourné voir les gens qu’on avait commencé à essayer de croiser. Et à partir de ce moment là tout s’est mis rapidement en place, on a eu plein de belles propositions…on va dire. »

On a d’abord vendu à l’international avant de trouver des partenaires français. C’est WILD BUNCH qui a le mandat sur l’international. On s’est mis d’accord avec eux très rapidement, juste avant Cannes 2004. A l’époque on n’avait encore signé avec personne, donc on ramait encore en termes de production. L’équipe venait de rentrer de tournage. On avait notre fameux petit film de trois minutes. Et en deux jours on s’est mis d’accord avec eux, ils y ont cru tout de suite. Ils nous ont fait des propositions de minimum garanti.

Voilà, nous avons discuté très rapidement, ils ont finalement vite surenchéri leurs propositions. Et ils ont eu raison parce qu’en fait, en quelques jours à Cannes, ils ont vendu sur à peu près tous les territoires hormis la Chine, les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Italie. Ça veut dire qu’ils avaient vendu vraiment partout et du coup, ils ont remonté très vite leur MG. Ça nous a permis aussi de trouver tous les partenaires français qui nous manquaient.

Ensuite on a vendu après le Sun Dance, puisque le film y était sélectionné (début janvier 2005 aux Etats-Unis). De là, on a pu vendre aux derniers territoires qui nous manquaient c’est à dire les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Italie et la Chine (à qui on a vendu il y a trois jours !). Donc le film est distribué, vendu sur tous les territoires. C’est l’avantage aussi de ce genre d’histoire qui, forcément, intéresse énormément de gens. » (1).

Le métier de producteur
« Le métier de producteur est un métier à part entière, que l’on apprend sur le tas à force de travail, de rencontre, d’expériences. Je ne crois pas qu’un seul homme puisse tout faire. »
La problématique est levée. En Polynésie, la plupart des sociétés de production sont unipersonnelles. Les professionnels de l’audiovisuel sont à la fois producteur, réalisateur et technicien. La création documentaire est marginale, la plupart de société de production vivant de la fabrication de films institutionnels ou d’émissions de télévision.

L’envie de produire du documentaire est forte, mais aucune structure n’est spécialisée et chacun travaille dans son coin.

Pour Emmanuel Priou, si les professionnels de l’audiovisuel tahitiens souhaitent développer la production de documentaires de création sérieusement, il faut qu’ils se rassemblent, que chacun se spécialise dans son domaine de prédilection (production, écriture, réalisation, image, son, post-production) et qu’ensuite l’ensemble de ces compétences se rassemble sur un seul et même projet. Seule cette dynamique permettra aux producteurs océaniens de se hisser au niveau de la production internationale et de pouvoir lutter à armes égales.

Syndicat des Producteurs indépendants
Emmanuel Priou est depuis novembre 2005, le Président du Syndicat des Producteurs Indépendants. Le SPI regroupe 380 sociétés de production audiovisuelle et cinématographique. Ses adhérents produisent des films de long métrage, de court métrage, de télévision ainsi que des films institutionnels. Quelle que soit leurs activités, les adhérents du SPI sont des entrepreneurs indépendants du cinéma et de l’audiovisuel. C’est de cette véritable logique d’entreprise que le SPI tire son identité et sa légitimité.

Réactives aux évolutions de la création et du marché, ferment du développement de la vitalité de notre secteur, les sociétés adhérentes du SPI se sont regroupées pour promouvoir leur conception de leur métier de producteur et leur vision de l’avenir de la création et du secteur cinématographique et audiovisuel en France, en Europe, ainsi que sur le plan international. Le SPI, syndicat représentatif, agit au sein des multiples institutions de la profession. Il défend les intérêts des producteurs indépendants au sein des commissions professionnelles, comme dans les instances interprofessionnelles ou dans les commissions sectorielles. Il mène un travail d’information par le biais de la presse professionnelle et généraliste, et rencontre l’ensemble des partenaires publics et professionnels de la production. Il est notamment représenté au sein des commissions du CNC, de la PROCIREP, de l’AFDAS. Il est membre du BLOC, du CLIC et des Etats généraux de l’audiovisuel, d’ Eurocinéma, du CEPI et du Comité de vigilance pour l’exception culturelle.(2)

Source : http://www.filmfestivaloceanie.org/articles.php?id=80